Les "smombies", vous connaissez?

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01 Avr 2025
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L'article parle de lui-même :

«En Chine, des voies dédiées aux piétons sur leur smartphone»: comment les «smombies» transforment nos villes
Par Ronan Planchon
Publié le 17 mars 2025 à 21h43

« Souhaitons que les gens lèvent enfin les yeux de leur écran afin que le “smombie” ne soit qu’une parenthèse de
l’histoire. » Evgenia Novozhenina / REUTERS

ENTRETIEN - Dans nos rues, pullulent désormais une étrange espèce : les « smombies », ces piétons si absorbés par le smartphone qu’ils ne regardent plus ce qui les entoure. Au point de changer en profondeur les contours de nos villes, constate Hubert Beroche dans un essai aussi stimulant qu’édifiant. Hubert Beroche est le fondateur et président d’Urban AI, une organisation internationale dédiée à l’IA en ville. Enseignant à la Sorbonne Université, il est aussi conférencier et consultant. Il vient de publier Smombies. La ville à l’épreuve des écrans, aux Éditions de l’Aube.

LE FIGARO. - Qu’est-ce que les « smombies » dont vous parlez dans votre livre ? Pourquoi avoir choisi d’utiliser ce terme ?

HUBERT BEROCHE. - « Smombie » est un mot-valise, une hybridation entre « zombie » et « smartphone », visant à désigner ces piétons tellement absorbés par leur écran qu’ils en oublient leur environnement. Ce terme fut inventé en 2015 suite à la massification de ce phénomène et élu mot de l’année par un dictionnaire allemand. La prolifération de ces « smombies » dans nos rues, dans nos villes a attiré mon attention. C’est devenu une réalité banale, il y a là quelque chose de très anodin, mais en même temps cette tendance annonce des transformations souterraines assez profondes quant à notre rapport à nous-mêmes, aux autres, à la ville. Les écrans et leurs « smombies » créent de nouvelles centralités, de nouvelles esthétiques, de nouvelles géopolitiques.

À bien des égards, le lancement des smartphones peut être comparé à celui des premières automobiles au XIXe siècle. Beaucoup d’urbanistes, d’architectes, de penseurs se sont intéressés à la manière dont les technologies transforment la matérialité d’une ville. Les ascenseurs ont exhaussé la ville, les métros l’ont densifiée, les voitures l’ont allongée.

Selon vous, Séoul, où vous vous êtes rendus, est le symbole de cette smombification. Dans cette ville, 61 % des accidents de la route sont dus à un piéton en train de regarder son smartphone. Qu’avez-vous observé à Séoul ?

Je m’y suis d’abord rendu il y a cinq ans dans le cadre d’un voyage exploratoire. J’ai été frappé, là-bas, de voir à quel point tout le monde était continuellement sur son écran. Le basculement des « yeux sur la rue » aux « yeux sur l’écran », que je décris, est vraiment une réalité quotidienne à Séoul, je l’ai expérimentée. J’ai également constaté à cette occasion que la ville de Séoul avait installé des sortes de feux rouges au sol, car trop d’accidents impliquaient des « smombies ».

Face à cet enjeu de santé publique, la ville et plus largement la Corée du Sud ont décidé de se saisir du problème. Ces infrastructures lumineuses permettent aux « smombies » de ne plus avoir besoin de lever les yeux pour être informés qu’une voiture arrive. La ville de Séoul part d’un état de fait, l’accepte et s’y adapte. Dans la même veine, des chercheurs ont imaginé une application utilisant la caméra des smartphones couplée à l’intelligence artificielle, de sorte qu’une notification soit envoyée en cas de danger. En Chine, une ville a aussi décidé d’installer une bande piétonne réservée aux « smombies », comme il existe des pistes cyclables.

Au Japon, cela se traduit par le syndrome du Hikikomori, ces jeunes hommes qui passent leur journée enfermé... C’est presque considéré comme une épidémie au Japon, où les Hikikomori représentent 1 % de la population. Post-Covid, on a observé une extension de ce phénomène à l’Occident, ce qui a conduit des chercheurs à parler d’« American Hikikomori ». En France aussi, de plus en plus de chercheurs s’y intéressent. On se trouve aujourd’hui dans une configuration technico-économique qui encourage les individus à rester chez eux. Des acteurs du numérique proposent de livrer la ville à domicile - se divertir, se nourrir, travailler. De plus en plus, la technologie permet de réduire la ville à son écran, voire à son chez-soi. Veut-on ce modèle de société ?


L’écran médiatise un rapport au monde désincarné, insipide. L’utilisation répétée, prolongée, abusive des écrans atrophie notre mémoire spatiale et nous rend moins aptes à coordonner nos sens avec l’environnement urbain
Hubert Béroche


Selon vous, ce phénomène se manifeste par une perte de sens progressive, et notamment l’incapacité à se repérer dans l’espace sans smartphone...

L’écran médiatise un rapport au monde désincarné, insipide. On se rend compte, à travers cette désescalade sensorielle, d’une diminution de notre capacité de cartographie mentale. L’utilisation répétée, prolongée, abusive des écrans atrophie notre mémoire spatiale et nous rend moins aptes à coordonner nos sens avec l’environnement urbain. Chacun le perçoit dans son intimité : alors qu’il y a dix ans, un coup de regard sur une carte suffisait à se repérer, on a désormais besoin de son
smartphone à chaque coin de rue pour s’assurer qu’on est bien sur la bonne voie.

Le rapport au monde du « smombie » se réduit à son écran. Les réseaux sociaux, de même que les sites de vente par exemple, ont tendance à momifier le « smombie » en quelque sorte, c’est-à-dire qu’on lui présente des produits, des données qu’il aime déjà, en traçant ses données. Forcément, cette configuration bénéfique à certains acteurs économiques est dommageable au plan individuel, car la confrontation à l’altérité disparaît. Désormais, nombre de mégalopoles, à l’image de Londres, intègrent les écrans à leur urbanisme et leur architecture.


Comment se traduit cette « smombification de l’espace public » ?

La « smombification de l’espace public » désigne le fait qu’un nombre croissant d’infrastructures urbaines nous encouragent à regarder nos écrans. À New York, la LinkNYC est une borne-antenne permettant de faire en sorte que son téléphone soit toujours rechargé. En outre, on utilise de plus en plus nos smartphones comme interface avec des services urbains (météo, informations sur les services de mobilité...). Tous ces éléments concordent au phénomène que j’appelle « yeux sur l’écran », en référence aux travaux de Jane Jacobs qui, elle, parlait des « yeux de la rue » comme ce qui assure la sécurité et la vitalité d’une ville au XXe siècle.


Quand le citoyen lève le nez de son smartphone, a-t-il vraiment envie de voir un autre écran ?

L’idée d’un « monopole des écrans » recouvre le fait que les écrans sont si puissamment ancrés dans notre manière d’exister qu’ils infiltrent tous les pans de notre vie. Ce monopole a été initié par des acteurs privés, en premier lieu Apple avec l’iPhone. Mais aujourd’hui, différents types d’acteurs se font innocemment le relais de ce monopole en installant des écrans tactiles dans la rue. Si l’on veut réduire la place du « smombie » dans l’espace public, il ne s’agit pas de créer des écrans plus grands, mais d’imaginer d’autres manières de matérialiser de l’information. L’enjeu n’est pas tant de passer de l’écran individuel à l’écran collectif que de vraiment urbaniser cette information en la rendant relationnelle et ludique.

Toutefois, les conséquences de cette smombification que vous pointez du doigt, sont de plus en plus appréhendées par les pouvoirs publics. L’ère du « smombie » est-elle bientôt révolue ? Le sujet devient politique, il faut s’en féliciter. Très longtemps, le sujet est resté éthique, on a laissé les individus arbitrer sur leur usage des écrans.

On commence à comprendre que ce domaine n’est pas seulement individuel, mais collectif et systémique, et qu’il appelle une réponse politique. L’enjeu n’est pas nécessairement d’interdire, mais déjà de pouvoir s’armer, s’outiller pour contrebalancer le phénomène. Quant à savoir si le « smombie » ne sera qu’une parenthèse, difficile d’y répondre... En tout cas, souhaitons que les gens lèvent enfin les yeux de leur écran afin que le « smombie » ne soit qu’une parenthèse de l’histoire.

je sais pas trop quoi en penser... à part de l'inquiétude?
à vos observations :)
 
L'article parle de lui-même :

«En Chine, des voies dédiées aux piétons sur leur smartphone»: comment les «smombies» transforment nos villes
Par Ronan Planchon
Publié le 17 mars 2025 à 21h43

« Souhaitons que les gens lèvent enfin les yeux de leur écran afin que le “smombie” ne soit qu’une parenthèse de
l’histoire. » Evgenia Novozhenina / REUTERS

ENTRETIEN - Dans nos rues, pullulent désormais une étrange espèce : les « smombies », ces piétons si absorbés par le smartphone qu’ils ne regardent plus ce qui les entoure. Au point de changer en profondeur les contours de nos villes, constate Hubert Beroche dans un essai aussi stimulant qu’édifiant. Hubert Beroche est le fondateur et président d’Urban AI, une organisation internationale dédiée à l’IA en ville. Enseignant à la Sorbonne Université, il est aussi conférencier et consultant. Il vient de publier Smombies. La ville à l’épreuve des écrans, aux Éditions de l’Aube.

LE FIGARO. - Qu’est-ce que les « smombies » dont vous parlez dans votre livre ? Pourquoi avoir choisi d’utiliser ce terme ?

HUBERT BEROCHE. - « Smombie » est un mot-valise, une hybridation entre « zombie » et « smartphone », visant à désigner ces piétons tellement absorbés par leur écran qu’ils en oublient leur environnement. Ce terme fut inventé en 2015 suite à la massification de ce phénomène et élu mot de l’année par un dictionnaire allemand. La prolifération de ces « smombies » dans nos rues, dans nos villes a attiré mon attention. C’est devenu une réalité banale, il y a là quelque chose de très anodin, mais en même temps cette tendance annonce des transformations souterraines assez profondes quant à notre rapport à nous-mêmes, aux autres, à la ville. Les écrans et leurs « smombies » créent de nouvelles centralités, de nouvelles esthétiques, de nouvelles géopolitiques.

À bien des égards, le lancement des smartphones peut être comparé à celui des premières automobiles au XIXe siècle. Beaucoup d’urbanistes, d’architectes, de penseurs se sont intéressés à la manière dont les technologies transforment la matérialité d’une ville. Les ascenseurs ont exhaussé la ville, les métros l’ont densifiée, les voitures l’ont allongée.

Selon vous, Séoul, où vous vous êtes rendus, est le symbole de cette smombification. Dans cette ville, 61 % des accidents de la route sont dus à un piéton en train de regarder son smartphone. Qu’avez-vous observé à Séoul ?

Je m’y suis d’abord rendu il y a cinq ans dans le cadre d’un voyage exploratoire. J’ai été frappé, là-bas, de voir à quel point tout le monde était continuellement sur son écran. Le basculement des « yeux sur la rue » aux « yeux sur l’écran », que je décris, est vraiment une réalité quotidienne à Séoul, je l’ai expérimentée. J’ai également constaté à cette occasion que la ville de Séoul avait installé des sortes de feux rouges au sol, car trop d’accidents impliquaient des « smombies ».

Face à cet enjeu de santé publique, la ville et plus largement la Corée du Sud ont décidé de se saisir du problème. Ces infrastructures lumineuses permettent aux « smombies » de ne plus avoir besoin de lever les yeux pour être informés qu’une voiture arrive. La ville de Séoul part d’un état de fait, l’accepte et s’y adapte. Dans la même veine, des chercheurs ont imaginé une application utilisant la caméra des smartphones couplée à l’intelligence artificielle, de sorte qu’une notification soit envoyée en cas de danger. En Chine, une ville a aussi décidé d’installer une bande piétonne réservée aux « smombies », comme il existe des pistes cyclables.

Au Japon, cela se traduit par le syndrome du Hikikomori, ces jeunes hommes qui passent leur journée enfermé... C’est presque considéré comme une épidémie au Japon, où les Hikikomori représentent 1 % de la population. Post-Covid, on a observé une extension de ce phénomène à l’Occident, ce qui a conduit des chercheurs à parler d’« American Hikikomori ». En France aussi, de plus en plus de chercheurs s’y intéressent. On se trouve aujourd’hui dans une configuration technico-économique qui encourage les individus à rester chez eux. Des acteurs du numérique proposent de livrer la ville à domicile - se divertir, se nourrir, travailler. De plus en plus, la technologie permet de réduire la ville à son écran, voire à son chez-soi. Veut-on ce modèle de société ?


L’écran médiatise un rapport au monde désincarné, insipide. L’utilisation répétée, prolongée, abusive des écrans atrophie notre mémoire spatiale et nous rend moins aptes à coordonner nos sens avec l’environnement urbain
Hubert Béroche


Selon vous, ce phénomène se manifeste par une perte de sens progressive, et notamment l’incapacité à se repérer dans l’espace sans smartphone...

L’écran médiatise un rapport au monde désincarné, insipide. On se rend compte, à travers cette désescalade sensorielle, d’une diminution de notre capacité de cartographie mentale. L’utilisation répétée, prolongée, abusive des écrans atrophie notre mémoire spatiale et nous rend moins aptes à coordonner nos sens avec l’environnement urbain. Chacun le perçoit dans son intimité : alors qu’il y a dix ans, un coup de regard sur une carte suffisait à se repérer, on a désormais besoin de son
smartphone à chaque coin de rue pour s’assurer qu’on est bien sur la bonne voie.

Le rapport au monde du « smombie » se réduit à son écran. Les réseaux sociaux, de même que les sites de vente par exemple, ont tendance à momifier le « smombie » en quelque sorte, c’est-à-dire qu’on lui présente des produits, des données qu’il aime déjà, en traçant ses données. Forcément, cette configuration bénéfique à certains acteurs économiques est dommageable au plan individuel, car la confrontation à l’altérité disparaît. Désormais, nombre de mégalopoles, à l’image de Londres, intègrent les écrans à leur urbanisme et leur architecture.


Comment se traduit cette « smombification de l’espace public » ?

La « smombification de l’espace public » désigne le fait qu’un nombre croissant d’infrastructures urbaines nous encouragent à regarder nos écrans. À New York, la LinkNYC est une borne-antenne permettant de faire en sorte que son téléphone soit toujours rechargé. En outre, on utilise de plus en plus nos smartphones comme interface avec des services urbains (météo, informations sur les services de mobilité...). Tous ces éléments concordent au phénomène que j’appelle « yeux sur l’écran », en référence aux travaux de Jane Jacobs qui, elle, parlait des « yeux de la rue » comme ce qui assure la sécurité et la vitalité d’une ville au XXe siècle.


Quand le citoyen lève le nez de son smartphone, a-t-il vraiment envie de voir un autre écran ?

L’idée d’un « monopole des écrans » recouvre le fait que les écrans sont si puissamment ancrés dans notre manière d’exister qu’ils infiltrent tous les pans de notre vie. Ce monopole a été initié par des acteurs privés, en premier lieu Apple avec l’iPhone. Mais aujourd’hui, différents types d’acteurs se font innocemment le relais de ce monopole en installant des écrans tactiles dans la rue. Si l’on veut réduire la place du « smombie » dans l’espace public, il ne s’agit pas de créer des écrans plus grands, mais d’imaginer d’autres manières de matérialiser de l’information. L’enjeu n’est pas tant de passer de l’écran individuel à l’écran collectif que de vraiment urbaniser cette information en la rendant relationnelle et ludique.

Toutefois, les conséquences de cette smombification que vous pointez du doigt, sont de plus en plus appréhendées par les pouvoirs publics. L’ère du « smombie » est-elle bientôt révolue ? Le sujet devient politique, il faut s’en féliciter. Très longtemps, le sujet est resté éthique, on a laissé les individus arbitrer sur leur usage des écrans.

On commence à comprendre que ce domaine n’est pas seulement individuel, mais collectif et systémique, et qu’il appelle une réponse politique. L’enjeu n’est pas nécessairement d’interdire, mais déjà de pouvoir s’armer, s’outiller pour contrebalancer le phénomène. Quant à savoir si le « smombie » ne sera qu’une parenthèse, difficile d’y répondre... En tout cas, souhaitons que les gens lèvent enfin les yeux de leur écran afin que le « smombie » ne soit qu’une parenthèse de l’histoire.

je sais pas trop quoi en penser... à part de l'inquiétude?
à vos observations :)
Aaahh saaaaiss paaaaas troooop, cooonaaaiiis paaaa <f se mange un lampadaire en lisant l’article sur son smartphone> Eeuuurg
 
Et après ils vont faire une ligne pour les chauffeurs de taxi et leur 3 téléphones autour du volant :
- un pour parler avec leur pote sur Wechat
- un pour le GPS
- un pour regarder des vidéos.