Le monde dans un grain de sable. Un marché titanesque, une ressource limitée, des mafias puissantes / Propos recueillis par Nathalie Vergeron .
31 août 2020
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N . Vergeron : Plus de 15 milliards de tonnes de sable sont prélevés chaque année sur la planète (plus de 40 milliards si l’on prend en compte l’ensemble des granulats – voir encadré ci-dessous), ce qui en fait la seconde ressource naturelle la plus exploitée après l’eau, loin devant le pétrole. Dans le documentaire précurseur que vous avez réalisé sur ce sujet, Sand Wars, sorti en 2013, les exemples d’usages que vous citez permettent de comprendre l’importance vitale de ce minerai pour l’économie mondiale. Quels sont les principaux secteurs concernés ?
D. Delestrac : En ce moment même, nous nous parlons par téléphone. Or, dans tout appareil électronique – ordinateurs, téléphones –, il y a une puce qui contient du dioxyde de silice, un composant minéral du sable. La Silicon Valley, c’est bien la « vallée de la silice », pas du silicone ! On trouve aussi du dioxyde de silice dans les peintures, les pâtes pour blanchir le papier, les plastiques, les caoutchoucs pour les pneus… On l’utilise également dans l’agroalimentaire, par exemple pour éviter que les grains des aliments lyophilisés ou en poudre, comme le sucre, ne s’agrègent. Et c’est encore du sable qui est employé dans le procédé de fracturation hydraulique (
fracking) servant à libérer les hydrocarbures de schiste.
Mais ces utilisations sont presque anecdotiques par rapport aux quantités de sable drainées par le secteur de la construction ! Il est difficile de donner des chiffres mondiaux sur ces matériaux dans la mesure où les terminologies et les méthodes comptables varient très fortement d’un pays à l’autre et ne reflètent, quand ils existent, que la partie émergée de l’iceberg. Mais pour donner un ordre de grandeur, on estime que les deux tiers de tout ce que l’on construit aujourd’hui sur la planète sont faits de béton, matériau lui-même composé aux deux tiers de sable et de granulat. Une maison ? 200 tonnes de sable. Un kilomètre d’autoroute ? 30 000 tonnes de sable. Une centrale nucléaire ? 12 millions de tonnes… Et le béton n’est même pas le pire consommateur de sables et gravats, puisque le remblayage, pour gagner du terrain sur la mer, est encore plus gourmand : la création du « Palm », archipel d’îles artificielles en forme de palmier au large de Dubaï, a requis 150 millions de tonnes de sable. D’ici à 2100, la population mondiale devrait augmenter de plus de 47 % et dépasser les 11 milliards de personnes, selon l’ONU, continuant de stimuler les besoins en logements et en infrastructures, et donc en sable.

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