Merci cyoann pour le lien ! Vraiment intéressant, mais pas très optimiste effectivement.
En le lisant, j'ai pensé que ce qu'il dit "être Chinois" semble renvoyer à plusieurs choses différentes. (1) Être chinois ce serait d'abord vivre en Chine, comme il le dit "faire partie de la communauté", avec un travail, une carrière, une famille et se construire une vie quotidienne en Chine. (2) Puis, "être chinois" c'est aussi le fruit d'une "définition politique" et cette définition est le résultat d'une histoire (depuis la théorie ancienne des Han et des populations barbares, aux théories maoïstes, sans oublier l'Être harmonieux de Hu Jintao) qui - comme très souvent et partout ailleurs - a fait et fait encore aujourd'hui l'objet d'instrumentalisation (il suffit de penser au cas des Taiwanais pour voir les intérêts politiques majeurs dans la définition politique de ce qu'est être Chinois). On pourrait dire qu'il s'agit de "nationalité chinoise" mais ce serait peut-être trop réducteur. Être Chinois, ce n'est pas uniquement avoir un passeport chinois, il me semble. (3) Et puis, il y aurait "l'identité chinoise" qui est évidemment en lien avec le politique, mais qui dépasse le cadre strictement politique, une sorte d'imbroglio fait de représentations, de pratiques et de discours. C'est par exemple, une de mes amies huayi qui explique à un médecin chinois qu'elle n'est pas Chinoise puisqu'elle est née et a grandi en France ; ce à quoi répond le médecin, "tu es Chinoise, mais une fausse (jia) chinoise" (bien sympathique en passant !). Elle a les traits d'une Chinoise (l'idée de race comme dit Ao li wen), mais il lui manquerait quelque chose pour être une "vraie" chinoise. Quoi ? Je ne sais pas. Un pan de l'éducation chinoise, peut-être ?
Il est peut-être impossible d'être (ou de devenir) Chinois selon tous ces critères, mais est-il possible d'être Chinois avec seulement un de ces critères ? Evidémment je ne me place pas du point de vue de l'Etat, mais plutôt de la population. Je n'ai pas les traits d'une Chinoise, et je serai encore très longtemps (pas envie de dire "toujours") une laowai, une waiguo pengyou (surtout pendant l'Expo Shanghai 2010) ou dans le pire des cas une yangguizi (entendue une seule fois, cela dit). Mais, est-ce que cette distinction est infranchissable ? Ok, la question peut paraître naïve et ceux qui sont depuis bien longtemps en Chine pourraient témoigner de leur expérience (comme l'a fait l'auteur de l'article d'ailleurs), mais j'ai le souvenir d'une dame d'une soixantaine d'années de Shanghai qui m'a certifié que j'avais été Chinoise dans ma vie antérieure. J'étais assez amusée et je lui ai demandé pourquoi elle pensait ça. Elle m'a répondu que tous les Chinois reviennent au pays. J'ai sûrement laissé passer plusieurs années qui ont été difficiles ici (elle faisait référence aux séjours des jeunes shanghaïens dans le Xinjiang et à la famine du Grand Bond en Avant), et je suis née en France sous les traits d'une Européenne, mais au fond de moi, j'ai su que j'étais Chinoise, alors je suis revenue. C'est pour ça que je m'intéresse à la culture chinoise, c'est parce qu'elle fait partie de moi, à l'intérieur de mon coeur et de mon corps. Mémorable comme discussion !

Et puis, avez-vous déjà été pris pour un Xinjiang ren ? C'est arrivé à plusieurs étrangers que je connais. J'étais dans un coin un peu perdu, avec le gamin d'une amie Chinoise dans les bras et ses grands-parents. Alors pour les gens du coin qui nous ont accueillis, je venais du Xinjiang. Quand je demandais pourquoi, c'est tout l'imaginaire classique du laowai qui m'est revenu en pleine figure : l'argent, le confort, le halo (mixte que j'adore entre le "ni hao" et le "hello"). Si je n'étais pas laowai et que je n'avais pas les traits d'une Han, j'étais d'une minorité, Kazak notamment. Du coup, dans leur cas, c'est quoi être Chinois?
Bref... j'arrête de raconter ma vie, mais c'était juste pour dire que cette question est assez complexe et que d'une certaine façon il n'est pas étonnant qu'il termine son article par la question de l'éducation. Parce que le regard des Chinois à l'égard des étrangers évolue aussi au fil des générations. Je ne dis pas qu'il est meilleur, bienveillant ou plus ouvert ; à lire le Global Times et tout specialement la partie "Devils", ce serait plutôt le contraire... Je dis simplement qu'on ne peut pas oublier que les jeunes d'aujourd'hui sont très différents de leurs parents au même âge et que ça implique nécessairement des changements dans la façon qu'ils ont de se définir en tant que Chinois et de nous définir en tant qu'étrangers. La frontière qui sépare les Chinois des "non-Chinois" est peut-être plus floue qu'elle n'y paraît ?
Mais c'est peut-être un excès d'optimisme ou bien la fin d'une longue journée...
J'avais juste envie de prendre part à la discussion...
Désolée pour la longueur ! Promis, première et dernière fois.
Et pourquoi c'est si important qu'il soit anglais ?
C.D.